mardi 1 mai 2018

Poème n° 3

L'AMOUR PLURIEL

Sur une lande propice aux amours proscrits,
L’astre nocturne, se jouant avec malice
D’une cohorte de nuages noirs et maudits,
Teinte notre dernière étreinte de vice,

Une brise de terre aux parfums opiacés
Chuchote aux ouïes de la mer d’étranges murmures,
Ses vagues pudiques ourlent nos flancs souillés,
L’écume nous blanchit plus qu’elle ne nous censure,

Enfin l’aurore déchire ses brumes chamarrées
Qui s’effilochent au-delà des plaines humides,
Les démons de la nuit aux crinières rouillées
Quittent en hurlant les sangs de ton corps livide ;

Alors le tumulte de nos fanges impies
S’estompe enfin et laisse nos veines impures
Tracer des entrelacs aux rives infinies
Qui s’accouplent en arabesques obscures ;

Aux parois inhospitalières de l’ego,
Des rictus aux fiels arrogants, didactiques,
Crachent à boulet rouge sur mes ex-voto
Arguant de mes actes, les tentations lubriques,

Dès lors, un froid insidieux gomme de ma peau
Les frasques de tes lèvres incandescentes ;
Seul, prostré sous la chape de mes oripeaux,
J’admoneste les ténèbres complaisantes,

Le bien et le mal, dans un combat de titans
S’affrontent sur le terrain de mes qui-vive,
Des larmes éthérées jaillissent du néant
Pour trancher les têtes de l’hydre lascive,

L’apocalypse embrase mes yeux mi-clos,
Le feu envahit ma caverne de misère,
Des langues blanches, des langues noires au galop,
Me boutent loin de cet océan de chimères,

Je dépose enfin les armes de mon ghetto,
Tu me contemples un moment, sans mot, sans blâme,
Puis d’un geste sûr, dans la géhenne des flots,
Tu jettes tes entraves qui aussitôt s’enflamment,

Abscons, ton regard irradie mes cieux obscurcis,
Ton sourire mutique renseigne mon âme,
Je comprends tout, ton alchimie couleur rubis
Qui s’enivre aux vents divins comme une oriflamme ;

Je t’aime désormais sans pudeur, au grand jour,
Tes baisers légers et voraces de phalène
Inondent mon visage d’un torrent d’amour
Qui résonne du chant mythique des sirènes.