mardi 17 avril 2018

Extrait de L’Étang de la Peur

Vous n'avez pas encore lu "L’Étang de la Peur"? Alors, je lève un coin du voile avec un extrait du chapitre "Fiction ou réalité" rien que pour vous...
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L’atmosphère détendue, chaleureuse du refuge fleurait bon la vie, tout simplement.
Soudain, au moment où François se servait un énième verre de café, Maryse se recula précipitamment en poussant un hurlement de terreur. Dans son affolement, elle renversa une chaise si bien que son mari lâcha la bouilloire et se brûla la main gauche. Maryse, livide, ne releva même pas les « amabilités » proférées par son conjoint ; les yeux exorbités, elle désignait d’un index tremblant la fenêtre située juste à côté de la porte d’entrée en balbutiant :
— Là, là, là, il était là ! Je l’ai vu…

— Mais de qui ou de quoi parles-tu ? explosa François exaspéré face au comportement incohérent de sa femme.
Maryse au bord de la panique ne l’entendit point. Elle continuait à s’agiter en tous sens, essayant en vain d’expliquer ce qui la mettait dans un tel état :
— Là, là, là, je vous dis qu’il était là, je l’ai vu… Un mon… mon… Ses compagnons la firent asseoir pour tenter de la calmer et de la raisonner. Pierre alla lui chercher un mouchoir qu’il imbiba d’eau froide et lui appliqua sur le visage. Prise de tremblements, elle le repoussa violemment en marmonnant les mêmes phrases incompréhensibles. Néanmoins, elle finit peu à peu par recouvrer partiellement ses esprits et sans lâcher des yeux la fameuse fenêtre, balbutia :
— Un monstre affreux là, là, derrière la vitre !
Pierre intervint en indiquant qu’il lui avait également semblé voir une ombre derrière les carreaux. Pour lui, il s’agissait probablement de Sébastien qui leur faisait une farce bien qu’il ne fût pas, comme son frère, habitué à ce genre de facétie. À ces mots, Maryse agrippa le bras de Pierre et renchérit :
— Mais c’était lui, lui, lui, lui ! Avec… avec… un visage horrible… monstrueux…
Pierre tenta de lui faire comprendre avec diplomatie qu’elle avait certainement aperçu Sébastien, mais que sa vision pouvait avoir été altérée par l’effet du vin. La jeune femme, ignorant l’intervention de son camarade, répétait que l’être en question bien que ressemblant à Sébastien était véritablement effrayant avec des yeux injectés de sang, avec une chevelure démesurée…
Les garçons préféraient croire que leur ami était l’instigateur de cette plaisanterie stupide. Cependant, ils estimaient qu’il aurait dû, son coup réussi, regagner l’intérieur du cabanon, ce qui n’était pas le cas.
Les occupants de la baraque pressentaient que la soirée était désormais fichue. S’il n’y avait eu les évènements du début de week-end, ils auraient sans doute rejoint l’avis de Pierre et pensé que Maryse, sous l’emprise de l’alcool, était victime d’une hallucination. Dans cette hypothèse, ils n’y auraient probablement pas prêté plus d’attention. Mais là, ils sentaient de nouveau une sourde angoisse les étreindre.
Ils n’osaient scruter la fenêtre, mais y lançaient toute-fois quelques coups d’œil furtifs, partagés qu’ils étaient, entre la curiosité et la peur d’apercevoir le monstre.
Et le « vrai » Sébastien qui n’était toujours pas rentré ! Que pouvait-il bien faire ? Un hurlement au-dehors les arracha bien vite à leurs réflexions, ils se dévisagèrent une fraction de seconde et instinctivement leurs regards convergèrent simultanément vers la croisée.
Une créature fantastique les observait !